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Michel Carlin : de l’atelier au Hangart

«Et de cette façon encore, la peinture demeurerait, même en notre époque d’oubli, une impatience, un désir, - ce que je dis la mémoire, ce qu’on peut nommer la parole.»
Yves Bonnefoy, « Trois remarques sur la couleur ».

Il est bien que de temps en temps les toiles sortent de l'atelier, pour prendre l'air.
Qu'elles aillent se faire voir ailleurs. Pour notre plus grand plaisir. Qu'elles soient confrontées à d'autres regards. Ceux des amis, des autres artistes, des critiques d'art, des amateurs avertis et du simple passant aussi. Chacun leur portera une attention singulière. Et le peintre également les verra différemment, hors du chaudron de l'atelier. C'est dans un espace neutre que l'on saura si elles pourront résister à l'épreuve de la durée. Si l'afflux soudain de regards multiples ne les brouillera pas peu à peu, ne troublera pas leur lisibilité pour finir par les rendre transparentes. Si trop de commentaires ne leur ôtera pas ces aspérités, ce mystère, cette résistance à l'explication parfaite qui est le propre des grandes œuvres.
Pour cette exposition au Hangart, Michel Carlin a conçu une série de peintures en fonction de ce lieu, tout au moins de ses volumes, de son agencement. Du sur mesure en quelque sorte. Tout comme le catalogue, préparé avec soin, montre les œuvres en situation. L'accrochage s'articule autour de deux grands triptyques : Trois corps pour une crucifixion (250 x 360 cm) et Étude pour trois corps crucifiés (250 x 280 cm).
Beaucoup de peintres se sont confrontés aux œuvres majeures de l'histoire de la peinture. Cette fréquentation, cette immersion, cette proximité avec ces grands référents stimulent la réflexion de l'artiste sur son propre travail. Elles l'obligent à affiner sa perception. Elles le forcent à donner sa propre vision plastique. À aller plus loin.

En ce qui concerne Carlin, ce fut naguère Suzanne au bain du Tintoret. Ici, Les trois croix de Rubens sont le prétexte. Ces Trois croix où l'on voit Madeleine les bras levés implorant le chevalier qui perce de sa lance le flanc droit du Christ. Ces bras levés et cette lance qui viennent, en diagonales croisées, rompre la profusion de lignes verticales des trois croix, des trois corps torturés et des nombreux personnages amassés tout autour. Il ne faut surtout pas chercher dans le choix de Carlin une référence mystique, même pas symbolique, c'est tout simplement, outre un témoignage de la violence, une rencontre intime avec la peinture pure. Ces trois croix induisent les triptyques, les grands formats aussi. Et puis, bien évidemment, on y retrouve les corps, cette « mémoire du corps » que Michel Carlin met en scène depuis bien longtemps déjà. Mémoire, et même fascination, qui est de plus en plus présente dans son œuvre. Il y a chez lui une obsession du corps. Le corps comme objet de violence, de brutalité, de torture, de mutilation, quand bien même il peut être également objet de contemplation, de caresses, de soins, de désir. L'histoire de l'humanité le dit tout à la fois, et l'histoire de la peinture aussi. Carlin l'exprime ainsi : « Dans chaque corps, j'essaie de faire passer ce que les hommes font subir aux corps des autres depuis la nuit des temps ».



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